issu de Plateaux N° 264 | 1er trimestre 2026.
Les élections municipales sont derrière nous, et, avec elles, se dissipe un peu la peur de la vague brune qui accompagnait leur attente. Mais pour combien de temps ? Car, si le pire a été évité presque partout, l’avenir n’en demeure pas moins incertain. Rappelons qu’à Nice, cinquième ville de France, il n’a pas fallu attendre 24 h après l’élection d’un maire d’extrême droite pour voir une milice fasciste cagoulée attaquer des manifestants.
Lorsque la création, la recherche artistique, la prise de risques et l’audace sont attaquées, ce sont la liberté des artistes et la diversité des formes de leur expression qui risquent de s’appauvrir et de se standardiser. Et ne soyons pas naïfs, l’extrême droite et les droites extrêmes instaurent une véritable contre-offre culturelle, réactionnaire et rétrograde. C’est aussi cela qu’ils désignent sous le nom de « bataille culturelle ». La célébration béate des « grandes heures » de la France en est le fond et le divertissement à grand renfort d’effets spéciaux en est la forme. C’est une « révolution nationale » allégée, enrobée dans une esthétique pompière de son et lumière. Quelle dystopie terrifiante cette vision de la culture par l’extrême droite, où seules des œuvres de propagande esthétisée auraient voix au chapitre…
Or, de notre modeste point de vue, la diversité artistique c’est donner l’espace à des propositions non seulement conçues comme matière à divertir ou à émouvoir, mais qui sont aussi un point de départ pour sentir autrement, tendre l’oreille à l’inattendu, déplacer le regard, et qui permettent aussi parfois de discuter, de penser ou de critiquer. Défendre cette diversité artistique, défendre la pluralité des esthétiques et des pratiques, cela passe nécessairement par la défense des droits des artistes-interprètes : protection sociale digne et adaptée, minima conventionnels décents, etc.
Dans ce contexte, nous aurions donc tort de séparer les attaques économiques des attaques politiques contre la culture. Quand le Medef propose de faire passer le seuil d’entrée des annexes 8 et 10 de 507 à 557 heures, c’est une attaque en règle contre l’art et la culture. D’ailleurs les intermittent·es ne s’y sont pas trompé·es et la mobilisation d’ampleur que nous avons déployée en un temps record a contraint le Medef à renoncer à son projet.
Notre force naît du collectif.
Cette mobilisation en est l’illustration brillante. Alors face aux coupes budgétaires, face aux attaques contre la formation professionnelle des artistes, face à la fragilité grandissante de nos métiers, plus nous serons nombreux et nombreuses à connaître nos droits et à nous mobiliser pour les faire respecter et en gagner de nouveaux, plus nous ferons reculer la haine, la xénophobie et l’étroitesse d’esprit qui menacent nos métiers, et notre société tout entière.
La délégation générale.












