Notre présence syndicale en Avignon

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Article paru dans Plateaux n°206 - 3ème trimestre 2011



Le Festival d’Avignon 2011 fut inauguré de belle façon le soir de la première représentation dans la Cour d’Honneur par une déclaration commune des principales organisations professionnelles (dont la Fédération CGT du spectacle) rappelant quelques-unes des revendications majeures nécessaires à une véritable relance des politiques publiques dans le spectacle. Ce fut l’occasion pour le ministre de la culture de se faire siffler copieusement par un public remonté contre la politique du gouvernement. Deux jours plus tard, au cours d’une conférence de presse, le même ministre ne parvenait toujours pas à convaincre, notamment sur l’annonce de son propre plan de relance pour le spectacle vivant, qualifié de « nano plan » à l’occasion du rassemblement initié par nos organisations le 14 juillet sur la place Pie. Ce rassemblement de quelques centaines de professionnels a permis de rappeler l’urgence de mettre en place une véritable loi de programmation inscrite sur la durée et d’inviter le directeur de la Direction générale de la création artistique à venir s’expliquer et s’exprimer en public sur le contenu de ce plan le lendemain dans la cour du Cloître Saint Louis. Et ce n’est pas la visite du ministre qu’il fit au Village du OFF qui a pu rassurer les artistes sur leur avenir.

Echéances électorales obligent, l’édition 2011 du Festival, que ce soit dans le IN ou dans le OFF, a été aussi marquée par une affluence et un défilé inhabituel de candidates et candidats à la prochaine présidentielle : de Jean Luc Mélenchon pour le Front de gauche, en passant par Eva Joly pour Europe écologie-Les Verts et la totalité des candidats à la primaire du parti socialiste, sans oublier des candidatures en sommeil comme celle de Jean Louis Borloo – tous et toutes ont rappelé l’importance de la culture comme fer de lance dans tout projet de société, avec cependant de fortes divergences quant à la manière et aux moyens (notamment financiers) à y consacrer. Parmi les différentes propositions qu’ils ont faites, certaines d’entre elles ont pointé leur méconnaissance de la réalité des conditions d’exercice de nos métiers. C’est le cas notamment de la proposition d’un statut de l’artiste prônée tant par Manuel Valls, qu’Arnaud Montebourg, que Ségolène Royal et Jean Michel Baylet du Parti radical de gauche. Cette gauche là n’est ni radicale ni vraiment de gauche et nous avons tout à craindre de ces apprentis sorciers dont les propositions (celle-ci en tout cas) détricoteraient, si elles voyaient le jour, l’ensemble de la protection sociale des artistes interprètes, qu’ils soient comédiens, artistes de cirque, chanteurs, danseurs, marionnettistes….

En parallèle de cette agitation très médiatisée, la Fédération CGT du spectacle et ses syndicats organisaient le 16 juillet dans la cour du Cloître Saint-Louis un débat animé par Jean François Pujol intitulé D’un déficit fabriqué à une pénurie organisée. Outre les interventions d’Yves Sapir -musicien et Président du SNAM- et d’Ivan Romeuf -comédien et membre du Bureau national du SFA- l’exposé de Nasser Mansouri -responsable des activités économiques de la CGT- remettant les notions de dette et de déficit public à la place qu’elles n’auraient jamais du quitter, fut particulièrement passionnant et éclairant sur les préconisations de certains en matière de politiques culturelles. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui nous a conduits à demander à notre camarade Nasser de rendre compte de son intervention dans ces colonnes.

Comme à l’habitude, le SFA et le SYNPTAC ont diffusé dans l’essentiel des lieux du festival leurs publications respectives et ont tenu une permanence tous les matins au Village du OFF. Celle-ci fut plus fréquentée par les artistes que par le passé. Elle fut l’occasion d’une rencontre avec des artistes travaillant sur le festival des Chorégies d’Orange, en butte avec leur employeur pour faire valoir leurs droits, tant en ce qui concerne le paiement et la déclaration des heures de répétitions qu’en ce qui concerne la captation audiovisuelle du spectacle et sa diffusion sur une chaine de télévision. Nous saluons ici la détermination de ces artistes qui entendent de se faire respecter dans l’exercice de leur art. Le SFA reste bien évidemment à leurs côtés afin qu’ils obtiennent satisfaction.

On regrettera encore et encore l’absence d’un véritable lieu rassemblant les organisations professionnelles du spectacle et les différents organismes sociaux. Le SFA continue de se battre dans ce sens aux côtés de nos camarades de la Fédération pour que ce projet puisse voir le jour. Nous ne sommes pas seuls et d’autres nous rejoignent pour y parvenir. Parions que l’édition de 2012 sera à l’image du changement attendu !!

Olivier CLEMENT
Denys FOUQUERAY
Henri UZUREAU